Les entreprises sont-elles vraiment obligées de croître pour survivre ?

 

 

La croissance économique est partout. On en parle dans les discours politiques, dans les médias, dans les réunions d’entreprise. 

 

Les dirigeants affirment  que “si on ne croît pas, on disparaît”. 

Mais cette croyance est-elle fondée ? 

 

Par ailleurs, la croissance économique est toujours synonyme d’augmentation de production, et donc d’extraction de ressources et d’émissions de CO₂. 

Comment remettre la croissance en question pour atteindre nos objectifs climatiques ?

 

Pour éclairer ce sujet, j’ai invité Mireille Bruyère, économiste, maîtresse de conférences à l’Université Toulouse Jean-Jaurès et chercheuse au CERTOP.

 

Pourquoi la croissance est-elle si centrale ?

 

Définition et rôle du PIB

 

  • La croissance économique se mesure par l’augmentation du Produit Intérieur Brut (PIB) : c’est-à-dire la somme des valeurs ajoutées produites par l’ensemble des acteurs économiques d’un pays.

  • Le PIB inclut les activités marchandes (vente de biens et services) mais aussi certaines activités non marchandes comme l’éducation ou la santé publique. Autrement dit, c’est une mesure globale de la richesse produite.

 

 

 Pourquoi cette obsession pour la croissance ?

 

Comme le rappelle Mireille Bruyère, le capitalisme repose sur la croissance :


« Si on reste dans les structures capitalistes, on ne peut pas imaginer un capitalisme sans croissance, ou en tout cas sans recherche d'efficacité productive, de productivité. »

 

 

Sans croissance, les investisseurs se détournent, les entreprises ont du mal à financer leur développement, les États voient leurs recettes fiscales stagner ou baisser.

 

La contradiction entre écologie et croissance

 

 

  • Ce modèle entre en collision avec une autre réalité : les limites de la planète. Produire davantage signifie consommer plus de ressources et d’énergie.

  • Depuis plusieurs années, certains espèrent un découplage : réussir à faire croître le PIB tout en réduisant l’empreinte carbone.
    Mais le constat est clair :

« Ce qu'on peut constater, c'est qu'en fait ce découplage n'existe pas, en tout cas dans l'histoire passée. »

 

  • Même si l’intensité carbone (la quantité de CO₂ émise par unité de PIB) peut diminuer, la croissance globale entraîne toujours une augmentation des émissions et de l'extractivisme matière.

  • Pour respecter les accords climatiques et limiter le réchauffement à 2 °C, il faudrait réduire massivement la production et la consommation.

 

« Il faudrait inventer et peut-être accepter que, en tout cas pendant une période, il y ait une décroissance productive, moins de consommation, moins de production, pour avoir une chance de rester en dessous des deux degrés de réchauffement climatique. »

 

 

Une entreprise peut-elle prospérer sans croissance ?

 

Oui :

 

 

« Il y a d'ailleurs de nombreuses petites entreprises en France qui ont un chiffre d'affaires stable depuis des années. »

 

Mais pas dans n'importe quelles conditions :

  • Ces entreprises survivent et parfois prospèrent grâce à d’autres leviers : leur ancrage territorial, la qualité de leurs produits, une gouvernance partagée, ou encore la fidélité de leur clientèle.

     

  • Certaines coopératives ou entreprises de l’économie sociale et solidaire fonctionnent également avec une logique différente, où l’objectif n’est pas l’expansion permanente mais la pérennité et l’utilité sociale.

     

Ces modèles montrent que la croissance n’est pas une condition naturelle à la survie. Mais ils restent marginaux dans un système où la norme dominante valorise l’expansion continue.

 

Faut-il travailler plus pour la prospérité du pays?

La question du travail est régulièrement au cœur du débat public.

Les Français travailleraient moins que leurs voisins, d'où l’étiquette parfois collée : des travailleurs “fainéants”.

 

La réalité derrière le cliché

 

« Non, les Français ne travaillent pas moins.
Ça dépend sur lequel indicateur on s'appuie. »

 

En réalité, les Français ont une productivité horaire élevée : autrement dit, sur une heure travaillée, ils produisent autant voire plus de richesse économique que leurs voisins.

 

Si l’on regarde le nombre d’heures travaillées par an sur l'ensemble des personnes en âge de travailler, il est vrai qu’il est plus bas qu’en Allemagne ou qu’en Italie. Mais cela s’explique par des choix collectifs (35 heures, moins de temps partiels imposés) et non par une moindre implication individuelle des travailleurs.

 

Vers un autre rapport au travail

 

  • Ces dernières années, le rapport au travail a évolué : beaucoup de salariés expriment le besoin de trouver du sens dans leur activité, de contribuer à une mission utile pour la société.
  • Réduire le temps de travail, expérimenter la semaine de quatre jours, valoriser la coopération plutôt que la compétition… Ce sont des pistes qui cherchent à concilier équilibre de vie, écologie et efficacité.

Elles s’opposent à l’idée que seule l’augmentation du temps travaillé garantit la prospérité du pays.

 

 

La vraie question n’est pas de savoir combien d’heures nous travaillons, mais ce que nous produisons, et à quoi cela contribue.

 

Comment changer de modèle

 

 

Si le capitalisme repose sur une logique de croissance infinie, et si cette logique est incompatible avec les limites planétaires, alors une question se pose : comment changer de modèle ?

 

Les courants de pensées :

 

  • La croissance verte mise sur la technologie et l’investissement. L’idée est d’innover pour produire plus avec moins de ressources, et ainsi continuer à croître tout en réduisant l’impact écologique.

  • La décroissance propose de réduire volontairement la production et la consommation. L’objectif n’est pas de faire moins pour le plaisir, mais de réorienter les priorités : moins de biens superflus, plus de biens et services essentiels.

  • La post-croissance ou économie du bien-vivre cherche à dépasser l’obsession pour le PIB. Elle explore de nouveaux indicateurs (bien-être, empreinte écologique, temps libre) et promeut des modèles comme l’économie du doughnut.

Mireille Bruyère rappelle cependant que : « Si on reste dans les structures capitalistes, on ne peut pas imaginer un capitalisme sans croissance. »

 

 

Le rôle des territoires et des collectifs

 

Les initiatives locales et collectives, servant un projet politique, permettent de commencer à créer un autre modèle.

 

Ce qui fonctionne : les utopies radicales 

Des alternatives concrètes qui naissent d'expériences collectives osant imaginer d'autres façons de produire et de vivre ensemble.

 

“Espérer, ce n’est pas attendre”.

C’est agir, ici et maintenant, pour construire une société écologique et de justice sociale.

 


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